Trois zones pour un seul trajet, une pure aberrationLes transports, c'est ce qui réunit et sépare à la fois tous les franciliens chaque matin et chaque soir. Mais les zones actuelles ne constituent-elles pas qu'une autre forme d'injustice sociale au quotidien ? Ligne 1 ou RER A ? La situation vue depuis Vincennes.
Franchement, la RATP est gonflée, très gonflée : malgré la grève prolongée vécue par tous les usagers du RER A, pas question d'indemniser les usagers qui ont subi des heures de bouchons ou d'attente sur des quais glaciaux. La raison : nos transporteurs considèrent qu'un service minimum a été assuré matin et soir afin de permettre à chacun de se rendre à son travail et d'en revenir. Vous avez dit minimum ? Nous ne devons pas avoir la même définition...
Car c'est en fait une double injustice que les usagers subissent : alors que le prix de l'immobilier a explosé ces dix dernières années, Paris se transforme peu à peu en un ghetto urbain aisé, souvent souligné par la presse étrangère mais rarement par celle de l'hexagone qui, justement, y habite. Une population aisée qui se retrouve dans une certaine vision d'un Paris propre sur lui prêt à accueillir les touristes de la terre entière. Un décor idéal et cultivé à la Amélie Poulain, mais derrière le décor, la réalité est différente. Quand les loyers explosent et que le prix au m2 décroche entièrement du niveau des revenus qui, eux, ne progressent guère pour ceux qui ont eu la chance de ne pas (encore) perdre leur emploi, une famille, un couple, voire un célibataire n'ont pas d'autre choix que de trouver domicile plus loin, toujours plus loin de Paris. Bilan : de plus en plus de circulation, de bouchons, d'usagers du RER A, des infrasctructures rendues largement au-delà du point de saturation. Et des décisions d'investissement aberrantes inversant le problème : des routes, un grand 8 en métro, des milliards déversés en promesse, alors que la question est en fait : comment vivre mieux moins loin de son lieu de travail. Les franciliens ne veulent ni des routes, ni des trains : ils veulent de la qualité de vie ! Au final, cette qualité de vie ne se trouve qu'en s'éloignant. Et la facture d'augmenter en conséquence, au gré de votre éloignement, parfois au prix d'aberrations géographiques : comment justifier, quand on habite Vincennes, à l'est, et que l'on travaille à La Défense, à l'ouest, de devoir payer un abonnement trois zones chaque mois ? Le pouvoir d'achat n'est pas au rendez-vous des transports en commun, pas plus que le simple bon sens, puisque le même trajet, plus lentement certes, se fait par la ligne 1. Une ligne 1 que des centaines de milliers d'usagers ont été contraints d'utiliser pendant la grève justement. Voilà une raison simple pour réclamer à celles et ceux qui demain dirigeront la région, quelle que soit leur couleur politique, de remplacer les trois zones du centre francilien par une large zone 1, plus juste, au même prix pour tous ceux qui y résident. Une zone unique, c'est l'expression au quotidien du Grand Paris , au-delà de tous les discours (trop) politiques. Mercredi 27 Janvier 2010
JUDIKAEL HIREL
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