Saint Mandé : Le peintre faussaire était lui-même dupé

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Saint Mandé : Le peintre faussaire était lui-même dupé
Pendant huit ans, Guy Ribes aurait réalisé 150 toiles signés du nom des plus grands peintres. Son talent, reconnu par les experts, est exposé au tribunal correctionnel de Créteil (Val de Marne), où il est jugé cette semaine pour contrefaçon. Il n’est pas seul à comparaître : Le trafic de faux tableaux impliquait douze autres hommes, soupçonnés d’avoir écoulé les œuvres.


Guy Ribes est capable de peindre comme Chagall, Matisse, Léger, Renoir, Vlamminck, Dali ou encore Braque et Modigliani. Un expert venu témoigner au tribunal en est encore abasourdi : « Je suis déjà intervenu dans beaucoup de dossiers de ce genre, mais je n’ai encore jamais vu un faussaire avec une telle palette d’artistes. Si Picasso était encore vivant, il l’embaucherait ». L’avocat de l’intéressé, Me Antonin Lévy, le reconnaît face aux journaliste : « C’est un faussaire mais c’est aussi un artiste ». Guy Ribes, âgé de 61 ans, est originaire de Saint-Maur et passait le plus clair de son temps dans son atelier de deux pièces à Saint-Mandé. Il a commencé à peindre à l’âge de 8 ans, peut-être inspiré par les érables du Bois de Vincennes. D’abord apprenti en soierie dans une entreprise de Lyon, l’autodidacte est revenu à la peinture à 16 ans, en vendant ses œuvres sur les marchés. « J’ai tout appris en imitant les plus grands » confie le faussaire bedonnant à la chevelure blanche et qui fume la pipe. « Je les aimais, je voulais me comparer à eux, par orgueil puis par jeu ».

Ses propres créations demeurant incomprises du public, il s’est dédié aux pastiches qui, eux, font un tabac. Et il s’en désole devant la présidente, Sylvie Stankoff : « J’ai bien essayé d’adapter mon œuvre à celle de Picasso, mais c’était impossible. Les gens préféraient mes toiles inspirées des grands maîtres ». La ligne jaune fut définitivement franchie en 1996 lorsque Guy Ribes rencontra un vendeur de tableaux peu scrupuleux sur la Place de Paris. Il a alors pris un billet sans retour pour une carrière de faussaire : « C’était plus facile de réaliser des imitations que de peindre pour des gens qui se détournaient de mes oeuvres ». C’est l’engrenage, et le val-de-marnais au pinceau redoutable reçoit alors des commandes sur mesure, devant se conformer à des dimensions, une époque, un style…

Il s’esclaffe en faisant sourire l’assistance devant un des tableaux apposés contre le box : « Vous voyez ce Renoir, là ? Un matin, ils sont venus me le commander (son regard se tourne alors vers l’un de ses complices) puis ils sont repartis avec le soir même, alors que la toile n’était même pas sèche. Le résultat n’est pas terrible ». Eclats de rires dans la salle. Impatients certes mais bien organisés, des escrocs professionnels ont vendu ses toiles à des victimes qui, pour la plupart, pensaient acquérir à un prix défiant toute concurrence des tableaux qui affichaient des côtes folles. Le montant total de l’escroquerie serait de plusieurs millions d’euros. Dans cette équipe de choc, derrière Guy Ribes à la réalisation, se dessinait l’ombre des hommes chargés de la commercialisation, âgés de 32 à 76 ans : Pascal Robaglia, Gilles Ribert et Michel Areslanian dit « Melchior ».

Passée l’adrénaline des premières années, Guy Ribes a réalisé qu’il était manipulé. Il revient sur ce sentiment à la barre : « Je n’était pas systématiquement payé, et quand je l’étais c’était pas plus de 15.000 francs (2.250 euros) par toile vendue. Les autres profitaient de moi et de mes problèmes financiers. Ils jouaient avec mes besoins ». Face à un client floué, acquéreur malheureux d’une fausse aquarelle de Chagall pour 6.000 euros qui lui lance « vous m’êtes sympathique mais vous m’avez totalement dépouillé », Guy Ribes, « qui n’avait jamais vu le visage d’un des clients escroqués auparavant » minimise sa participation dans le trafic. Il désigne d’ailleurs sans scrupules ses commanditaires. Le faussaire, découvert par la police en novembre 2004, revient sur son arrestation : « J’étais content que les policiers débarquent. Chez moi, c’était devenu la porte ouverte à tout un tas de gens qui voulaient grappiller des choses ». Lorsque le terme de "faux artistique" est évoqué par la présidente, Guy Ribes jubile enfin, peut-être pour la première fois de sa vie. « Vous reconnaissez qu’un faux puisse être artistique. Je suis ravi que vous me disiez ça ». Il risque dix ans de prison.

ORSERIE

Mardi 6 Juillet 2010
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