SDF et bois de Vincennes : le plan grand froid activéPourquoi diable faut-il attendre que la température descende sous la barre du zéro degré pour que l'on se rappelle l'existence des SDF, en France, en ile-de-France, à Paris mais aussi dans le bois de Vincennes. Alors que la mairie de Paris annonçait quelques mesures d'accueil supplémentaires, France-Soir est allé à la rencontre de quelques habitants du bois.
Un seul numéro à connaître : le 115, pour prévenir le Samu social si vous voyez quelqu'un dormant dehors par ce froid. Pour protéger les sans-abri du froid, la Ville de Paris renforce les capacités de mise à l’abri des personnes en ouvrant une salle de 25 places à la mairie du 4ème et un second gymnase ; le gymnase Lancette (12ème) de 60 places pour des hommes isolés depuis mardi soir en complément du gymnase Mouchotte (14ème) ouvert depuis vendredi soir.
175 places de mise à l’abri seront donc disponibles face à la vague de froid prévue cette semaine.
Deux équipages composés de chauffeurs municipaux et de travailleurs sociaux du Centre d’Action Sociale de la Ville de Paris ont renforcé les équipes mobiles du Samu Social ce week-end. Ce dispositif sera doublé avec quatre équipages municipaux mobilisés à partir de mardi pour aller au contact des sans-abri et leur proposer un hébergement. La Ville de Paris a également décidé d’ouvrir en continu dans la journée et en horaire décalé le soir, les 2 accueils de jour gérés par le Centre d’Action Sociale de la Ville de Paris dans les 14ème (René Coty) et 16ème (Halle Saint Didier). L’unité d’aide aux sans abri de la Ville de Paris maintient ses passages réguliers de jour comme de nuit dans les Bois de Vincennes et Boulogne. Cette équipe a transporté le week-end dernier 3 personnes sans abri en danger dans le Bois de Vincennes vers le gymnase Mouchotte et a distribué des duvets aux personnes rencontrées. Enfin, le Gymnase Mouchotte (14ème) ouvert depuis vendredi a accueilli 84 personnes dimanche soir. La Ville de Paris rappelle que la prise en charge des sans-abri est une compétence de l’Etat et que la mobilisation temporaire des gymnases municipaux pour protéger les personnes du froid n’a pas vocation à se substituer à l’ouverture de places en centre d’hébergement de qualité, plus que jamais nécessaire pour lutter contre la grande exclusion. .
De son côté, Romain Katchadourian, de France soir, est allé à la rencontre de ceux qui, sous des abris de fortune, bravent le froid dans le bois de Vincennes.
Avec l’arrivée des températures négatives, la situation des sans-abri devient préoccupante. Dans le bois de Vincennes, à la limite de Paris, ils sont plusieurs centaines à survivre dans des abris de fortune. Il y a un an, les SDF du bois de Vincennes, faisaient la une de l’actualité. L’arrivée subite de l’hiver à la fin du mois de novembre avait fait chuter brutalement les températures. En un mois, trois personnes habitant dans les bois sous de modestes tentes étaient mortes de froid ou intoxiquées au monoxyde de carbone. Des décès qui ont choqué l’ensemble de la population. Leur situation avait même fait réagir jusqu’au gouvernement, où Christine Boutin, alors ministre du Logement, s’était déplacée à plusieurs reprises dans le bois et avait lancé l’idée d’obliger les SDF à passer la nuit dans des centres d’hébergement lorsque la température tombait au-dessous de zéro. Les associations d’aide aux sans-abri avaient crié au scandale et la mesure fut abandonnée. Une actualité chassant l’autre, les SDF du bois de Vincennes sont rapidement tombés dans l’oubli. Douze mois plus tard nous sommes allés à leur rencontre… « Je suis libre ici » Bruno dort dans une petite tente deux places bleu électrique. Son abri repérable de loin n’est pas réellement dans le bois. Il se situe à l’entrée, du côté de Saint-Mandé (Val-de-Marne), tout près de la route, des habitations et du métro. Une façon pour lui de ne pas être totalement marginal. L’homme a 49 ans. Il ouvre un peu plus sa tente, s’assoit en tailleur et chausse ses lunettes. Les cheveux courts, rasé de la veille, Bruno semble en bonne santé et la propreté de ses vêtements prouve qu’il ne se laisse pas aller. « Cela fait maintenant un an que je suis là. J’habitais en colocation et ça c’est mal passé, alors je suis parti. Comme je ne trouvais pas de logement, je suis venu ici », explique cet ancien restaurateur qui dit-il, va bientôt retrouver un emploi. « Le froid ? Ça ne me fait pas peur. Avec mes duvets et mes habits, je suis bien équipé. Je préfère même l’hiver à l’été, car passer la saison chaude sous une tente c’est vraiment étouffant. » Les logements d’urgence, Bruno ne veut pas entendre parler. « Je suis bien ici. Au moins, je suis libre. » Un peu plus loin dans le bois, d’autres tentes ont été installées. Si le feuillage estival les cache d’ordinaire, elles sont aujourd’hui à découvert. A quelques pas du sentier et juste avant le ruisseau, neuf ont été montées en cercle. Au milieu, trois cagettes empilées forment une table de fortune sur laquelle est entassé un bric-à-brac de vaisselle sale, de gel pour les cheveux et de canettes de bière. Un homme sort, alerté par le bruit des feuilles sèches qui craquent sous les pas. Le regard soupçonneux, grand, la quarantaine, il est habillé d’une épaisse polaire grise à col roulé dans laquelle il rentre le menton. « Je ne réponds pas aux questions. Allez voir ailleurs. Là-bas, il y en a d’autres qui vous parlerons peut-être. Laissez-moi tranquille. » « L’été aussi nous sommes là, et personne ne vient » Dans ce secteur il y en effet de nombreux autres abris mais beaucoup sont vides. Personne ne répond lorsque l’on appelle. A chaque fois des vêtements, des chariots, des bidons, des bouteilles ou encore des détritus jonchent le sol. Une bûche sur laquelle on a cloué un carré de contreplaqué fait office de table. Une casserole est posée dessus. La cuiller à soupe restée à l’intérieur est prisonnière d’un épais bloc de glace, preuve que la nuit derrière la température est tombée sous zéro. Au bout de plusieurs minutes de marche, un autre groupement de tentes apparaît. Deux petites une grande. Un homme, les traits tirés par le froid, casse des branchages dans un fût rouillé en vue de faire un feu. Il parle mal le français et appelle dans une langue de l’Est une autre personne qui se trouve toujours dans la tente. Une femme sort. « Ah vous êtes journaliste ? Non, je ne veux pas vous parler. Tous les ans c’est le même cirque à l’approche de l’hiver. L’été aussi nous sommes là et pourtant personne ne vient nous voir. Nous, ça fait deux ans que nous sommes dans les bois et rien ne change. » En s’avançant encore un peu sur la route de Tourelle qui traverse le bois, d’autres abris se dévoilent. Parfois, seule une bâche en plastique tendue sur une corde fait office de refuge. Là encore, personne ne répond. « Je ne suis pas SDF, moi, je campe » La tente de Charles, difficile d’accès car entourée de ronces, peut facilement accueillir trois personnes. L’homme, méfiant au premier abord, se révèle aimable et nous invite à entrer. A l’intérieur il fait chaud, un chauffage au fioul tourne à plein régime. La radio allumée diffuse de la musique classique qui rendrait presque l’endroit agréable. Sous l’auvent une petite étagère métallique contient de la nourriture. Charles est retraité. Ce touche-à-tout de 73 ans vit aujourd’hui « comme un campeur ». « Je ne suis pas un SDF moi. Je campe, c’est tout », précise-t-il. Un camping qui dure depuis deux ans. « Au début, je ne devais rester qu’une journée, puis en fait je me suis plu ici, alors je suis resté », plaisante-il en plissant ses yeux bleus. Assis dans sa chaise, il raconte facilement sa vie : « J’ai été sergent dans l’infanterie, chauffeur-livreur, emballeur. Mais tout ça c’est vieux… » De l’Algérie qu’il a bien connue au Louvre qu’il continue de visiter parfois, l’homme ne s’arrête plus et parle d’une traite pendant une demi-heure. En revanche, du froid qui s’installe, des morts de l’année dernière, des difficultés de survivre dans les bois, il ne « pense rien » et se dit bien « étranger à toutes ces vicissitudes ». 32 % des SDF présentent des troubles psychiatriques sévères Une enquête sur la santé mentale des adultes sans logement, réalisée par l’observatoire du Samu social de Paris et l’Inserm montre que 32 % des SDF présentent un trouble psychiatrique sévère et parmi eux, 40 % des 18-25 ans. La dépression est le trouble le plus commun. En sus, une personne sur cinq (21 %) présente un trouble de la personnalité ou du comportement, et plus d’une personne sur dix (13 %) un risque suicidaire moyen ou élevé. Les addictions en termes de dépendance ou de consommation quotidienne ou quasi quotidienne concernent 29 % des personnes. Une personne sur cinq est dépendante à l’alcool, 16 % consomment régulièrement du cannabis et 2,4 % de la cocaïne. Parmi les 18-25 ans, quatre sur dix présentent un trouble psychiatrique. Un jeune sur cinq est déjà dépendant à l’alcool et un quart consomme régulièrement du cannabis, les autres drogues étant plus rarement consommées régulièrement. Pour cette enquête, 859 personnes ont été interrogées. Source : www.francesoir.fr/societe/2009/12/15/sdf-bois-de-vincennes.html:// Mardi 15 Décembre 2009
VH
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