Rencontre avec Matthieu Dhennin : «Sentir ce que racontent les pierres»Son roman historique dresse le portrait de Paris au XIVe siècle. Rencontre avec Matthieu Dhennin, Vincennois, écrivain et amoureux du château de Vincennes.
Il était récemment au salon du Livre, à dédicacer son roman historique paru chez Actes Sud. Vincennes Hebdo a rencontré Matthieu Dhennin, Vincennois, écrivain et amoureux du château de Vincennes.
Pourquoi vivre et écrire à Vincennes ? Je suis arrivé sur Vincennes il y a 9 ans, et j'adore ! Le bois, les petits commerces... il y a ici une fraîcheur de vie que je n'ai pas trouvée à Paris. Bien sûr, je ne suis pas venu m'y installer totalement par hasard. Je suis du nord, j'ai habité au centre de Paris, dans le 3e et à Marne la Vallée. C'était beaucoup trop loin.J'ai voulu me rapprocher en gardant l'esprit campagne. Avec le bois, le château, le zoo, le parc floral, Vincennes est la dernière limite de verdure avant Paris. Il y aussi ce face-à-face étonnant, architecturalement frappant, avec d’un côté le 21e siècle, de l'autre le château, qui ne se mélangent pas vraiment. D'où vient votre goût pour l'histoire ? J'aime bien l'histoire. Ce goût pour l'histoire, je l'ai depuis tout petit. Ma mèe est professeur d'histoire. Je ne sais pas si c'est la vrai raison, mais mes parents nous ont toujours emmené en vacances avec eux, Ils allaient dans les musées, visitaient les châteaux, c'était toujours cuturel, et j'ai donc eu une passion pour l'histoire depuis le plus jeune âge. Pharaons, chevaliers... cela plaît aux enfants, et c'est resté ! Quelle est votre vision du château ? Ce que j'aime dans ce château, c'est qu'il est ouvert : on peut le traverser de part en part, juste pour le plaisir de voir un beau monument, de sentir ce que racontent les pierres. Depuis les travaux de restauration, le donjon est superbe à voir, et la Sainte-Chapelle est toute aussi magnifique, sans oublier le côté pédagogique qu'a comporté la restauration. J’avais déjà prévu de mettre Vincennes dans le cours de mon roman. Le retrait des échafaudages coïncidant avec la fin de la restauration, du coup, j'ai pu vérifier de visu ce que j’avais écrit. Je m'étais documenté, mais j'ai réécrit certains passages ! Votre roman se déroule au château ? J’ai voulu dresser un portrait de Paris au XIVe. L'histoire sert un peu de prétexte, de fil rouge. Deux scènes de mon roman se déroulent au château, une dans le donjon, l’autre dehors, à la Saint Hubert, lors d’une grande fête de chasse, sous Charles VI. Car la chasse est la raison d’être initiale du château. Quel est votre endroit préféré ? C’est le petit logis de Charles V, cette petite cellule dans laquelle il devait avoir ses livres, son bureau, près de la cheminée. Cette pièce, je m'y suis senti très bien. Ce n'est pas la plus spectaculaire, mais j'y aurais bien vu mon bureau, être là, à lire, recevoir... Je ne me prends pas pour Charles V, mais je n'aime pas Versailles ! Comment s'est passée l'écriture de votre roman ? J'ai mis trois ans à écrire Saltarello, paru chez Actes Sud. Je l'ai envoyé par la poste, sans piston. On parle du mythe du manuscrit envoyé par la poste, que c'est impossible, que ce n'est que du copinage, du relationnel. Eh bien, je l'ai envoyé à une vingtaine d'éditeurs, j'ai dû recevoir une quinzaine de lettres de rejet. J'avais juste demandé qu'on me rende mon manuscrit : certains n'avaient pas été ouverts. Chez Actes Sud, ils l'ont ouvert ils ont aimé le style. Mais comme il s'agissait d'un roman historique, fallait le faire retravailler par un médiéviste. Cette lettre, je ai prise comme un encouragement. J'ai cherché sur Internet, tapé médiéviste sur Google, et contacté Danielle Alexandre Biden, qui a répondu très vite, très enthousiaste. Cela a duré cinq six mois. J'ai rongé mon frein, pendant deux mois aucune nouvelle de ma médiéviste ! On a ensuite fait trois cycles de corrections, par exempple sur les anachronismes évidents : la carotte, n'y avait pas de carotte, ou rouge comme une tomate, alors que la tomate ce n'est qu'après Collomb. Mais aussi sur un tas de sujets vestimentaires, l'étiquette, la religion... Elle m'a apporté un regard pertinent sur les descriptions et mes dialogues. Par exemple, il n'y a pas de poches aux vêtements, donc on ne met pas les mains dans les poches. Et finalement votre roman est paru l'an dernier ? Oui, en janvier 2009, elle m'a envoyé une très belle lettre, appportant sa caution à l'ouvrage. J'ai alors renvoyé le manuscrit, la lettre et un courrier à Actes Sud, et j'ai reçu un coup de fil dans la demi-heure, La directrice de collection l'a lu, et çà lui a plu, Aude Gros de Beler est égyptologue et directrice des beaux livres, essais et romans historiques. Elle a commencé il y a trois ans cette collection de romans historiques. Quant à Danielle Biden, elle a été conseillère de Jean-jacques Annaud sur Le nom de la rose. Elle aime le côté fiction dans l'histoire : par rapport à des collèques très frileux, elle dit pourquoi pas ? Et finalement, Saltarello est sorti en novembre, après la grosse vague des parutions de rentrée, mais avant Noël. Une excellente idée cadeau ! Jeudi 6 Mai 2010
Propos recueillis par Judikael Hirel
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