Musée de l'histoire de France : entre scandale et pantouflageOn l'apprend aujourd'hui, mais la rumeur était déjà parue il y a des semaines dans un article du Monde : le tout jeune ministre de la culture vient de nommer Jean-François Hébert, ancien directeur de cabinet de Christine Albanel, à la fois à la tête du château de Fontainebleau et du projet de musée de l'histoire de France. Népotisme ? Juge et partie ? Exactement.
Tout ça pour ça ? Des mois de mobilisation, des milliers de soutiens, l'avis quasi unanime des politiques et des historiens, et surtout une occasion unique de lancer le Grand Paris par l'Est autour d'un lieu emblématique... Tout cet élan a-t-il été réduit à néant aujourd'hui par l'étonnante décision de Frédéric Mitterrand ? On peut légitimement se le demander. Ainsi, un communiqué du ministère de la culture annonce, alors que le Président de la République est au bout du monde, que la mise en oeuvre du projet présidentiel de musée de l'histoire de France était confiée à Jean-François Hébert, 53 ans, encore tout récemment directeur de cabinet de Christine Albanel, ex ministre de la culture. Mais aussi qu'il allait diriger le tout nouvel établissement public du château de Fontainebleau.
Une telle décision pose bien des questions : ainsi, en ces temps de crise, la première urgence serait de recaser un énarque politique largement payé, un de plus, et ce au détriment de celui qui était parvenu à faire décoller la fréquentation du château de Fontainebleau à 400 000 visiteurs par an, Bernard Notari ? Un bel exemple du fonctionnement en vase clos du ministère de la culture : entre auto-gestion, gâchis financiers divers et népotisme, on peut trop souvent parler du sinistre de la culture que de son ministre. Est-ce sur de tels critères, recaser un directeur de cabinet, que l'on nomme le responsable d'un projet et le directeur d'un établissement public ? Dans le cercle des historiens, l'exercice a été apprécié dès aujourd'hui à sa juste valeur : un bel exemple de pantouflage d'un énarque au profil politique en lieu et place d'un véritable historien, prenant la tête d'un établissement public qu'il vient à peine de créer en juillet en tant que directeur de cabinet de Christine Albanel. Une nomination annoncée en catimini le jour du G20, en lieu et place d'une décision présidentielle, comme si le projet de musée de l'histoire de France était en train de faire pschitt...
Car en ce qui concerne le projet de musée, cette décision est tout aussi dérangeante : comment croire un seul instant que l'homme désormais à la tête du château de Fontainebleau irait retenir un lieu concurrent de celui dont il a la charge, en toute objectivité ? L'effort serait surhumain et les conditions de sa nomination ne le laissent pas supposer. Pourtant, dit le communiqué du ministère, "M. Hebert devra également "approfondir les pistes ouvertes par le rapport de Jean-Pierre Rioux sur les différents sites" possibles pour le futur musée "afin que le ministre puisse proposer rapidement un choix définitif au Président de la République".
Et c'est bien dommage car, alors que la Défense ne semble pas vouloir abandonner les fastes des Invalides (pour mémoire, les jardins et appartements du Gouverneur militaire de Paris qui s'y trouvent sont parmi les plus beaux de Paris), Vincennes a légitimement toutes ses chances. C'est d'autant plus frustrant d'avoir l'impression qu'un quarteron d'énarques et de haut fonctionnaires de la rue de Valois vient piper les dés. Au point de donner l'impression de vouloir forcer la main au Président de la République. Une impression qui pourrait se révéler à double tranchant au moment du choix final ! Pourquoi ? Sans doute pour pousser en avant un site qui, aux yeux du petit monde culturo-parisien, aurait l'avantage de ne dépendre que du ministère de la culture, et non également de la Défense, comme ce serait le cas à Vincennes. Dans ce cas, pourquoi ne pas faire de notre château un établissement public, tel Versailles et désormais Fontainebleau ? Son intérêt mériterait de le libérer du carcan du double poids de ses tutelles ministérielles entrelacées. On comprend d'autant plus la réaction immédiate de Laurent Lafon, maire de Vincennes, qui a à juste titre souhaité que cette nomination ne vienne pas dénaturer le projet de musée de l'histoire de France. "Au-delà de la demi-surprise que constitue cette nomination, la méthode suivie par l’administration du ministère de la culture doit interroger tout citoyen attaché à la transparence de la chose publique.", a déclaré Laurent Lafon. Jean-François Hébert se voit tout à la fois confier la direction du château de Fontainebleau et la responsabilité d’évaluer, pour le ministre de la culture, le choix du meilleur site pour accueillir le futur musée de l’histoire de France voulu par le Chef de l’Etat. Naturellement, personne ne peut préjuger du choix qui sera fait, et je ne dis pas que Jean-François Hébert est à la fois juge et partie. Ce qui nous intéresse, non seulement à Vincennes mais dans tout l’Est parisien qui soutient unanimement notre candidature, c’est qu’au final le projet du président de la République ne soit pas dénaturé. Il s’agit de concevoir et d’installer le musée de l’histoire de notre pays, c’est en vérité le musée de tous les Français. Certes le ministère de la culture a toute sa place, mais si nous voulons un espace vivant, un espace à l’image de notre pays et de notre identité alors le ministère de la Recherche, avec les chercheurs, le ministère de l’Education, avec la communauté éducative, et les collectivités locales, doivent être parties prenantes. En annonçant son désir de voir se créer un tel musée Nicolas Sarkozy ne disait-il pas : « Ce musée sera situé dans un lieu emblématique de notre histoire, un lieu qui reste à choisir et qui sera choisi : il y a plusieurs idées qui font sens mais il faut en débattre, échanger, il faut que cela polémique un peu, que chacun fasse valoir ses arguments ». L’ambition présidentielle doit rester l’axe central du choix du futur site et le Château de Vincennes reste à mon sens plus que jamais le lieu idéal pour l’accueillir. Vincennes, c'est la candidature des chercheurs, des historiens et celle de tous les élus, de gauche, du centre, et de droite du Grand Paris. L’Est parisien attend que l'Etat et la Nation l’inclue enfin dans une histoire de France qui s’écrit chaque jour !" Mercredi 23 Septembre 2009
JUDIKAEL HIREL
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