Les leçons de la crise financière ne seront pas tiréesComme le suggère l’article paru sur ce site (OPINION du 11 01 09), la raison commande de tirer les leçons de la crise actuelle. Mais comme le montre l’expérience des crises précédentes, il n’en sera rien.
Ce n’est pas la première fois qu’une crise financière se propage à l’économie toute entière en provoquant faillites et chômage. Mais cette propagation a été amplifiée par deux facteurs. Tout d’abord la dangerosité dissimulée de certaines innovations financières. « Tous les 20 ans, les financiers réinventent la roue, mais en moins stable » observait l’économiste John Kenneth Galbraith. Ce mouvement perpétuel n’a n’aucune raison de cesser. Une fois le souvenir des « subprimes » oublié, les techniques de la finance et de la dissimulation continueront de prospérer conjointement pour permettre de vendre ce que l’on n’a pas et d’acheter avec l’argent des autres.
Outre ces éléments techniques, l’emprise des marchés financiers sur l’économie mondialisée constitue le second facteur d’aggravation. Les Etats sont largement responsables de cette situation. Ils n’ont pas cherché à maitriser l’expansion de la sphère financière des 30 dernières années, principalement parce qu’elle facilitait le financement de leurs déficits, en augmentation constante. En France par exemple, le dernier budget voté en équilibre remonte à 1975. Dans l’Histoire, les monarques dépensiers ont toujours fait la fortune des financiers ; aujourd’hui, les fonds privés ne pourraient pas spéculer sur des capitaux aussi importants si les Etats n’avaient pas émis des montagnes de titres pour financer leurs dettes, fiscale et sociale.
Le pouvoir politique se félicite de son action volontariste qui a permis de sauver le système bancaire, et, en définitive, l’économie toute entière. Mais cette satisfaction dissimule un affaiblissement de sa souveraineté : pour assurer le service de leur dette, creusée à des niveaux abyssaux par les plans de sauvetage publics, les Etats seront à l’avenir un peu plus dépendants des marchés financiers nationaux et internationaux. Le politique restera l’obligé du financier. Déjà, certains Etats parmi les plus pauvres sont aux prises avec des fonds spéculatifs qualifiés de « vautours » - dénomination qui décrit bien le rapport de force existant entre les deux protagonistes.
Pour que les leçons de la crise soient tirées, il faudrait que le pouvoir politique s’émancipe en assurant le financement des dépenses publiques par l’impôt plutôt que par la dette. Là serait le véritable volontarisme. Il a peu de chances de s’imposer, tant l’addiction collective à la dépense et aux déficits est instituée. C’est pourtant le pacte social qui est mis en cause par l’énormité de notre dette publique. « Une génération ne peut assujettir à ses lois les générations futures » proclamait l’article 28 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793. Dans les faits, la génération actuelle prétend pourtant asservir la prochaine aux conséquences calamiteuses de ses lois de finances. Lundi 8 Mars 2010
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