Après un discours de Dakar quasi amnésique sur la colonisation, au cours duquel un omniscient et présomptueux N. Sarkozy - cuvée 2007 - avait lancé quelques formules de la plume boursouflée de "papa " Guaino, sur un " Homme africain.. pas assez entré dans l' Histoire " et ne laissant place " ni pour l'aventure humaine, ni pour l'idée de progrès " ...
...l'appréciation élyséenne de 2010 montre désormais un ton, et peut-être une considération, plus responsables à l'égard de l' Afrique.
On a pu notamment le constater lors du dernier sommet France - Afrique de Nice et l'invitation faite à dix Armées africaines de venir défiler à Paris pour le 14 juillet en est l'un des signes.
Il y a pourtant dans ce geste une nouvelle ambiguïté qu'il conviendra de lever..
S'il s'agit d'inviter chez nous les pays d' Afrique francophone pour fêter le cinquantième anniversaire de la fin de la colonisation et le début de leurs indépendances.. là n'est pas vraiment notre rôle..
Mais si le but est de reconnaître et d'honorer la contribution héroïque, souvent mal connue, des régiments africains à la libération de notre pays.. le geste aura alors toute sa justification .
Mais dans notre monde tel qu'il va, l'heure n'est plus à raisonner seulement en Afrique francophone, anglophone ou lusophone, Afrique du Nord ou du Sud ...les centres de gravité du développement de notre monde d'aujourd'hui se déplacent peu à peu, et même si le continent africain cumule encore à ce jour les plus sévères handicaps de la pauvreté et des inégalités, de l'instabilité et des conflits, de la démographie, des difficultés d'accès à l'énergie et aux voies modernes de communication, il n'en demeure pas moins que le camp des pays " Afro-optimistes " l'emporte peu à peu sur celui des " Afro-pessimistes ".. et la Chine, pour ne citer qu'elle, qui exporte désormais vers ce continent 10 fois plus qu'en 2000 et 3 fois plus que la France ( il y a déjà 7 fois plus de Chinois en Afrique que de Français ) en est un exemple frappant !
A l' Europe donc de consolider, à travers sa qualité, ses capacités d'innovation et ses valeurs, ses liens modernes de coopération avec le monde africain.
A l'arrivée de l'interminable marathon du redéveloppement économique mondial...l'Afrique pourrait finalement figurer " placée " ..
Le coup de projecteur, donné actuellement par la Coupe du monde de football en Afrique du Sud à la nation " arc en ciel " façonnée par Mandela, va bientôt s'éteindre, mais l'intérêt ( et malheureusement parfois la convoitise ) d'une grande partie du monde pour cette Afrique, pourtant si déshéritée, ira crescendo...
Pourquoi aujourd'hui autant de réflexions, autant de prospectives nouvelles, à moyen et long terme, sur ce continent ?
C'est dans les paradoxes mêmes, toujours aussi présents, de la situation africaine que l'on trouve les possibilités et l'espoir pour demain.
L'immensité et la démographie :
Comparée à l'Asie, l'Afrique est un continent " vide "... et pourtant avec une (trop) forte croissance démographique. On y compte aujourd'hui environ 900 millions d'habitants, la prévision pour 2020 est de plus d'un milliard et approchera les deux milliards vers 2050.. un marché gigantesque en devenir, si le niveau de vie moyen s'élève un tant soit peu.
Mais la question cruciale, et pour longtemps encore, est de nourrir et de pouvoir soigner tous les enfants de ces pays, du Sahel notamment où la famine est terrifiante.
Une famille tchadienne de 6 personnes a 1,25 $ par semaine pour se nourrir, une famille américaine de 4 : 342$ , une famille allemande : 500 $ .
L' urbanisation et l' intégration régionale :
C'est la double révolution qui s'amorce, et la conjugaison de ces deux phénomènes, notamment en Afrique sub-saharienne, doit permettre d'amener peu à peu des effets d'une portée économique significative et une croissance non négligeable du PIB.
L' énergie :
L'Afrique est le lieu où l'énergie est en principe la moins chère à installer.. malheureusement, à peine 25% des populations ont aujourd'hui accès à cette énergie !.
La disparité des croissances économiques :
Si l'Afrique traverse la crise économique actuelle sans trop de casse, ceci vient bien sûr principalement du fait de sa " marginalisation ", qui la met paradoxalement en partie à l'abri de la contagion de la crise mondiale...maigre compensation, en partie effacée par la baisse des Aides concessionnelles Internationales, aides au développement, financements des infrastructures..et par la complexité grandissante des dispositifs de soutiens aux pays en développement que certains bénéficiaires éligibles ne touchent même pas !
La Banque mondiale y a sa part importante de responsabilités.. trop peu pour l'Agriculture et les Infrastructures, tout pour la Gouvernance, un peu ( mais pas assez ) pour l'Education et la Santé..
Aujourd'hui, pratiquement aucune part nouvelle de la croissance de l'APD ne part vers l'Afrique.
Si en général les pays anglophones se portent plutôt mieux que les pays francophones, ce sont surtout les pays en pleine expansion pétrolière - Angola, Guinée Equatoriale, Soudan - qui enregistrent les plus fortes croissances économiques.
Les pays du Maghreb sont en dessous de la moyenne. L'Algérie stagne (+ 2,9% entre 2005 et 2009 ) malgré le troisième " choc pétrolier ".
Paradoxalement, l'Afrique dans son ensemble, avec une croissance moyenne de + 5,1%, n'est pas en récession !
Les conflits et l'instabilité :
Bien sûr, les conflits ethniques, religieux et territoriaux se perpétuent, les déplacements de populations sont hallucinants ( 300 milliards de dollars de pertes occasionnées par les conflits africains de toute nature depuis 1990..).
Et pourtant, les statistiques montrent une lente pacification du continent en nombre de pays concernés et de victimes. Les coups d' Etat diminuent progressivement et, malgré de graves exceptions, des scrutins plus ou moins pluralistes ont lieu dans les 53 pays africains.
En résumé, pour que le continent africain puisse prendre définitivement l'essor attendu qu'il mérite...trois maîtres-mots s'imposent :
Plus d'aides de première nécessité ! :
C'est à dire en fait une redistribution meilleure, mieux ciblée sur les priorités et mieux contrôlée, de l'aide publique internationale.
Plus de routes ! ( et bien sûr d'électricité ) :
... pour désenclaver enfin les régions et les ethnies, acheminer les denrées à des prix acceptables, faire venir enseignants et médecins partout où il y a des vies et attirer les investisseurs directs.
Les intégrations régionales sont à ce prix..
Plus d' Etat ! :
Car, contrairement à certaines idées reçues, la " bonne gouvernance " ne se conjugue pas avec moins d' Etat..
Dans les états de l'UEMAO, pour 1000 habitants il y a 12 fois moins de fonctionnaires qu'en France, 8 fois moins qu'en Grande Bretagne..
Il faut pourtant, ici plus qu'ailleurs, plus d'organisation et de contrôle . Un seul exemple ?.. en Afrique, plus du tiers des médicaments sont vendus hors pharmacies et sont des faux..alors que des pathologies très lourdes : paludisme, sida, infections bactériennes ou virales sévissent ici plus qu'ailleurs !.
Espérer...et même rêver :
Malgré ce bilan paradoxal et encore inquiétant, le " continent noir ", avec ses spécificités, va devenir peu à peu incontournable.. son intégration à l'économie du monde est probable et l'arrivée d'investisseurs étrangers d'un type nouveau, guidés d'abord, souhaitons-le, par un souci d'économie durable et équitable ne pourra être que bénéfique.
L'Afrique reste une terre difficile et complexe mais elle est aussi immense et belle...et nous en sommes proches.
Comment pourrions-nous nous en éloigner aujourd'hui alors que d'autres, venus de très loin, la découvrent et la courtisent un peu plus chaque jour ?.
Un Malien disait récemment : " Les Chinois ne connaissent pas le français, ils essaient malgré tout de comprendre ce dont on a besoin. Tandis que les Français nous disent en français ce dont on a besoin "
Ceci me fait repenser au discours de Dakar !...
Au moment le plus important.. la France, l'Europe, ne sauraient-elles plus parler à l'Afrique ?..
Elle a besoin de nous.. nous avons besoin d'elle !.







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