Exposition "Esthétique tribale : l'héritage de l'Afrique dans l'art occidental" du 25 mars au 15 maiRendez-vous à compter du 25 mars à la galerie Frémeaux, dans le cadre de la semaine de l'Afrique en marche, pour une exposition consacrée à l'art africain : Esthétique tribale : l'héritage de l'Afrique dans l'art occidenta
L'exposition "Esthétique tribale : l'héritage de l'Afrique dans l'art occidental" organisé dans le cadre de "La semaine de l'Afrique en marche" à Vincennes du 25 mars au 15 mai 2010 présente des oeuvres des tribus Fang, Songyé, Bangwa, Mumuyé, Dogon etc confrontées avec des estampes originales ou des peintures de Lam, Miro, Léger, Corneille, Guedon, Sero-Guillaume, Appel, Zadkine, Speedy Graphito, Picasso, Matta et Chica.
Cette exposition est prolongée jusqu'au vendredi 9 juillet en raison de la parution chez Frémeaux & Associés des quatre éditions phonographiques suivantes : - Un ouvrage multiCD des témoignages parlés des tirailleurs sénégalais coédités par Frémeaux & Associés, Radio France Internationale et Le Ministère des Armées [sortie mai 2010] - Une anthologie des musiques traditionnelles des tribus du Niger réalisée par François Jouffa (éditions ethnomusicologiques Frémeaux & Associés) [sortie juillet 2010] - "Une Afrique radiophonique" - une anthologie des émissions de Robert Arnaut sur France Inter coédité par Frémeaux & Associés, Radio France, Musée du Quai Branly, Scam et l'INA [sortie juin 2010] - "Manu Dibango - Choc n' Soul" - une anthologie réalisée par Manu Dibango sur le rapport métissé entre la musique africaine et l'héritage jamaïcain du reggæ (coédition Frémeaux & Associés / Soul Makossa) [sortie juin 2010] Vernissage au 26 mars 2010 à partir de 17h (ouvert au public) Entrée libre Galerie Frémeaux & Associés 20 Rue Robert Giraudineau 94300 Vincennes Metro 1 : station "Château de Vincennes", 200 m RER A : station "Vincennes", 150 m
Art premier, vrai ou faux ?
Manifeste de Patrick Frémeaux, commissaire de l'exposition On ne peut que souligner l’importance de la dimension créatrice des arts africains, malgré les qualifications dépréciatives d’« arts primitifs » ou « d’arts premiers », pour autant qu’il y ait des « arts seconds ». L’héritage est considérable puisque la découverte de ces formes d’art à la fin du XIXe siècle, a modifié la création occidentale du XXe siècle (Picasso, Arp, Brancusi, Matta, Matisse, Braque…). Aujourd’hui les oeuvres d’art africaines sont définitivement reconnues comme appartenant à l’histoire de la création humaine à l’égal des arts occidentaux. La création d’espaces patrimoniaux dédiés en atteste (Musée Dapper, Musée africain-américain de Californie, Fondation Beyeler, Musées de la civilisation au Canada, Musée du quai Branly…). Toute la problématique de ce patrimoine dans un monde régi non par l’écrit, mais par l’oralité, est l’absence de hiérarchie entre les créateurs, afin de parvenir à distinguer un objet de valeur d’une pièce sans intérêt, alors même qu’il s’agit d’un art traditionnel. Il a donc été admis que sa valeur culturelle était relative à la beauté de la pièce et son ancienneté , (plus elle est séculaire moins elle a de chance d’être le produit d’une acculturation, même si les objets les plus valorisés sont ceux souvent qui résultent de la rencontre entre l’Occident et l’Afrique : le reliquaire kota est recouvert de laiton, la statue Songyé du Congo fait l’objet de l’adjonction de clous de tapissiers…) Ajoutons que ce sont les fonctions culturelles, rituelles et spirituelles qui déterminent l’évaluation d’une œuvre d’art africaine (le reliquaire kota du Gabon était relié à l’ossuaire du disparu, l’échelle dogon doit avoir été utilisée, le masque bambara doit avoir servi pour une danse rituelle…). Cependant ce jugement de valeur qui consiste à distinguer le vrai du faux porte en lui des éléments immoraux hérités de la colonisation. Si au début du XXIe siècle, nous avons reconnu la diversité des cultures et la nécessité de conserver le patrimoine immatériel, le fait de promouvoir l’idée, auprès des collectionneurs, que seul l’objet qui a été détourné de sa fonction rituelle a de la valeur, revient à défendre un système marchand qui, dans la relation Nord/Sud, crée une raréfaction des objets anciens en Afrique. Dans le même temps, les occidentaux estiment normal de restaurer leurs châteaux et leurs sites historiques alors que le régime monarchique n’existe plus, de sauver des cathédrales alors que la collectivité s’intéresse plus à l’architecture du bâtiment qu’à sa fonction symbolique, et de mettre en scène le passé à la fois comme facteur d’identité et comme élément d’attractivité commerciale d’un territoire. Mais ce raisonnement ne semble généralement plus tenir pour les pays en voie de développement, car lorsqu’une tribu se vêt du costume traditionnel à l’arrivée d’un bus de touristes, celle-ci est taxée de simonie ou d’opportunisme commercial. La souveraineté de l’héritage et sa diffusion est moins reconnue à un peuple rural dans un pays d’Afrique que la valorisation d’une animation historique dans un pays occidental. Il en est de même pour l’objet d’art africain lorsque l’occidental estime qu’un masque qui a été fait par un artiste et qui n’a pas servi selon les rites ancestraux aurait moins de vertus esthétiques. Il faut noter que la vision occidentale s’est pourtant modifié pour reconnaître une valeur à l’art africain contemporain (musique, littérature, poésie, sculpture) comme fusion de l'héritage d’une tradition répété et création permanente au contact de la culture occidentale et des autres cultures en générale (marionette Bozo depuis le début du XXème siècle). Cette volonté de ne pas figer l’art primitif africain dans le passé est visible dans les dernières expositions temporaires du Musée du Quai Branly et rééquilibre histoire et avenir.
L'exposition "Esthétique tribale, l'héritage de l'Afrique dans l'art occidental" a pour but de réhabiliter l'esthétique des tribus Fang, Bedu, Mumuyé, Dogon, Bozo, ... comme source d'inspiration évidente pour Picasso, Miro, Lam, Chica, Giacometi et Brancusi et de se poser la question de l'éventuel retour des grands maîtres occidentaux de l'art figuratif dans l'expression artistique tribale des 40 dernières années.
Néanmoins, c'est bien l'art moderne européen héritier de l'Afrique que cette exposition présente; ne dit-on pas en inversant l'ordre des influences, d'une sculpture Mumuyé qu'elle est cubiste ? Mardi 23 Mars 2010
Patrick Frémeaux
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